AVIATION
Charters : le tabou s’est envolé
Les vols affrétés ne sèment plus la panique dans le tourisme. Maurice accueille aujourd’hui des charters privés avec le sourire… et la bénédiction d’Air Mauritius.
Si ces vols affrétés sur de nouveaux marchés fonctionnent bien, ils deviendront à la longue des vols réguliers.
Le spectacle est édifiant. Des avions aux couleurs inhabituelles volent au-dessus de Plaisance depuis le mois dernier. Imaginer des charters venant de l’Europe de l’Est atterrissant à Maurice relèverait du délire dans un passé pas trop lointain. L’aviation mondiale et le tourisme mauricien ont évolué depuis. Bienvenue dans la nouvelle réalité.
Le 23 décembre, un Boeing 767 de Malev, la compagnie nationale hongroise, atterrira à Plaisance. Affrété par le tour-opérateur Aeroviva, cet appareil transportera des touristes en provenance de Budapest. Il suit Air Slovakia qui dessert déjà Maurice depuis le 4 novembre pour le compte de l’agence Leonardo. Les avions de Malev et d’Air Slovakia effectueront un total de 25 allers-retours entre l’Europe de l’Est et Maurice jusqu’à fin mars 2005, à raison d’un vol tous les dix jours.
Maurice, fière de son tourisme haut de gamme, n’a pas chuté de son piédestal. L’arrivée des charters ne signifie pas le débarquement d’une horde de touristes sac à dos, mais le début d’une nouvelle ère. Le tourisme s’adapte tout simplement aux nouvelles réalités du marché.
Le profil des clients s’embarquant sur les avions de Malev et d’Air Slovakia n’ont rien du “touriste bon marché”. Ils sont issus d’une classe de nouveaux riches qui émerge en Europe de l’Est.
Budapest ou Bratislava n’étant pas encore des réservoirs de touristes pour Maurice, ces marchés ne nécessitent pas de liaisons aériennes régulières. L’organisation de vols nolisés par des tour-opérateurs est accueillie à bras ouverts par les professionnels de l’industrie touristique. Sans ces vols, les touristes venant de l’Europe de l’Est n’auraient jamais foulé le sol mauricien,
préférant d’autres destinations dans les Caraïbes. Un véritable bonus car ces touristes logent dans les meilleurs hôtels du pays vu qu’ils ont un fort pouvoir d’achat.
Ces premiers touristes de l’Europe de l’Est pourraient être les jalons d’un nouveau marché. Le tourisme mauricien ne veut plus mettre tous ses œufs dans le panier de l’Europe occidentale. Il prospecte sans cesse de nouveaux marchés comme l’Inde, la Chine et le Moyen-Orient. Dans le cas de l’Europe de l’Est, les charters pourraient développer le marché et s’il y a une forte demande à long terme, Air Mauritius songera à une desserte régulière.
L’arrivée de ces vols nolisés à Maurice symbolise la nouvelle vague de charters. La définition d’un vol nolisé n’a pas changé. Il s’agit toujours d’un avion affrété par une compagnie de tourisme ou un groupe de personnes. La seule différence est que le prix du billet n’est pas nécessairement réduit. L’élite ne veut plus de la classe première. Elle rêve maintenant aux avions affrétés qui permettent de voyager avec des extravagances.
Le voyage de luxe est un créneau très porteur. Il ne concerne que 3 % des voyageurs mais représente toutefois 20 % des revenus touristiques à travers le globe. Les sociétés de charters de luxe poussent comme des champignons à travers le monde. Elles offrent la location d’avions (avec équipage) pour des prix variant entre Rs 22 500 et Rs 150 000 l’heure. Le menu ne consiste pas en mets froids servis dans des assiettes en plastique, mais de plats concoctés par les meilleurs chefs : langouste grillée, truffe, caviar et champagne servis dans de la porcelaine et du cristal.
Prêts à toutes les extravagances
Il devient de plus en plus simple de louer un avion. Il suffit d’aller sur un site spécialisé, de soumettre ses besoins (aéroports de départ et d’arrivée, nombre de passagers et type de bagages) et le tour est joué en un clic. C’est ainsi que nous avons pu soumettre une réservation en moins de cinq minutes. Le deal consiste à transporter 100 personnes de Nice à Plaisance à la fin de janvier. Une compagnie suisse est disposée à nous louer un Airbus A320-200 et son équipage. Tant qu’on a les dollars, tout est possible… et les voyageurs de luxe sont
prêts à toutes les extravagances.
Les arrivées de jets privés à Plaisance sont en hausse. Air Slovakia et Malev ne sont que deux premières nouvelles couleurs dans le ciel de Plaisance. D’autres suivront, au plus grand bonheur de l’industrie touristique. Les charters n’inondent pas le pays en touristes bas de gamme mais ouvrent de nouveaux marchés tout en fournissant les hôtels en gros dépensiers. Le tabou s’est envolé…
extrait de l'express.MU
Ryan COOPAMAH