Afficher un message
  #5  
Vieux 16/11/2005, 00h01
Avatar de maxi
maxi maxi est déconnecté
Membre Senior
 
Date d'inscription: October 2004
Messages: 1 673
Par défaut

Un peu dans le même genre : le paradis qui se transforme en enfer
http://www.lexpress.mu/archive_diman...?news_id=54086

Citation:
La descente aux enfers d’un Allemand

L’envers du décor. Le paradis est devenu un abîme pour Benny Ecker. Victime d’un pickpocket, il se laisse mourir de faim, dans l’attente que le consulat d’Allemagne veuille bien lui venir en aide. Rencontre.


Si vous avez été à la plage de Blue-Bay récemment, vous avez sûrement dû le croiser. Il traîne sa frêle silhouette sous les filaos, un sourire timide sur son visage émacié.

Tout le monde l’appelle Benny. Même les flics du village. « Nobody knows my name. If you ask for Benny, everybody will know me », déclare-t-il tranquillement dans un léger accent germanique.

Cela fait un mois que Benny, de son vrai nom Engelbert Ecker, arpente la station balnéaire dans l’espoir que le consulat d’Allemagne veuille bien l’aider à rentrer chez lui, à Kehl, une commune située sur la rive droite du Rhin, en face de la ville française de Strasbourg.

À 48 ans, Benny couve une très grosse dépression à cause d’un pickpocket qui lui a volé ses 2 500 euros, soit un pactole de Rs 90 000 qu’il a eu le malheur de mettre dans la poche arrière de sa vieille paire de jeans. C’était le 6 octobre, deux jours après son arrivée à Maurice.

Il venait de quitter la Hong-Kong and Shanghai Bank de Mahéhourg où il s’était rendu pour changer un peu de monnaie. Pour Benny, à quoi bon porter plainte, l’argent ayant disparu à jamais.

Après tout, se dit-il, il n’est pas un parfait étranger. Il a un permis de résidence, ayant été marié à une Mauricienne, restée en Europe. Il pensait également avoir quelques amis sur qui compter car il n’est pas à sa première visite dans l’île.


Ses amis le fuient comme la peste

C’était très mal connaître une réalité bien de chez nous. Sans le sou, ceux qu’il considérait comme des amis le fuient désormais comme la peste. Il se rendra compte bien vite qu’il n’a pas d’amis. Le chauffeur de taxi envers qui il s’était montré généreux dans le passé, en offrant à sa fille un ordinateur portable, se défile en lui inventant de sombres prétextes lorsqu’il lui demande de l’accompagner dans la capitale pour ses démarches.

Benny est désespéré. Lui qui pensait faire d’une pierre deux coups en faisant du tourisme et en tentant de se lancer dans les affaires comme consultant dans un projet de génie civil, n’est pas prêt de se remettre en selle. Il est pour ainsi dire un exilé.

Désargenté, n’ayant pas de billet de retour car il ne savait pas trop quand il comptait rentrer, il se met en contact avec le consulat d’Allemagne, espérant que son gouvernement lèvera le petit doigt pour lui.

Il se dit disposé à rembourser le montant du billet d’avion aussitôt arrivé à Kehl. Même un ticket pour Strasbourg est le bienvenu. De là, il peut aisément rallier Kehl, à pied ou en stop.

Il a le choc de sa vie en écoutant un des responsables. « You know what they told me ? They told me to go to the police !

I can’t believe that ! My government is letting me down. That government for which I worked for thirty years », ressasse Benny avant de craquer et de fondre en larmes.

Pour Benny, c’est une question de principe : il aurait bien essayé d’appeler un proche resté en Allemagne pour lui envoyer de l’argent. Mais il ne peut accepter le ton de la vice-consul, Nicole Rieth, épouse du consul, Wolgang W. Rieth. « Madam Rieth is as useful as a terrible sickness… », souffle l’Allemand.


« I have a few days left »

Il ne peut pas concevoir non plus l’idée que l’Allemagne ne puisse pas l’aider. Lui qui, dit-il, a servi dans les corps armés de son pays. Benny est bien décidé à se laisser mourir en attendant que sa patrie lui vienne en aide. Sans le sou, il n’a presque rien pour se restaurer. Il crève la faim et il ne peut boire l’eau du robinet qui contient trop de chlore à son goût.

Avec les quelques rares roupies qu’il lui reste, il s’offre du pain et du beurre lorsque la faim le tenaille. Son frigo est vide. Il lui reste quelques sachets de thé à infuser et un peu de café au fond d’une boîte en fer. Sur sa table basse, trône une bouteille de rhum blanc qu’adoraient ses amis mauriciens. « I don’t understand how Mauritians can drink this », marmonne-t-il en lorgnant la bouteille de Goodwill.

Depuis qu’il est à Maurice, il a perdu environ 30 kg. Il ouvre sa chemise et montre son torse squelettique. La force l’a abandonné. Lorsqu’il grimpe les escaliers escarpés qui mènent à son minuscule appartement, il s’arrête à plusieurs reprises pour reprendre son souffle.

Presque à voix basse, il parle et s’égare dans ses souvenirs. C’est clair qu’il n’a plus toute sa tête. Il refuse toute aide de notre part, comme celle de le placer dans un abri temporaire où il sera logé et nourri. Il explique qu’il ne lui reste qu’à aller dormir sur la plage car il doit libérer son appartement en fin de semaine.

« I’ll tell you frankly, I have a few days left. I don’t know for how long I’ll stay on my feet. One thing I know is that the box in which they’ll put me and the weight it’ll cost to send me to Germany will be by far more expensive than my return ticket », lance Benny qui vit une vraie descente aux enfers.

A-t-il des tendances suicidaires ? Il en a tout l’air. Il a une longue corde en nylon dans ses bagages, qu’il montre en expliquant que « this is much closer to me than my shirt because I can’t anymore. I’m dying of hunger ». Benny vit une vraie galère. Si personne ne lui vient en aide, il se laissera aller… « I’m a dead person », dit-il comme à lui-même.
Réponse avec citation