[Environnement :Soyons responsables !
[05 Jun 2005]
«Chaque être humain doit être conscient que pour vivre et s’épanouir sur la terre, il doit consommer et que cette consommation entraîne la production de déchets. Le fait d’exister, de vivre, même, engendre le désir de confort social. Ainsi, plus notre niveau de vie est élevé, plus la production de déchets augmente. Le citoyen doit donc réfléchir à l’impact de la consommation sur les ressources naturelles. Par exemple, quand on utilise du papier, pensons-nous qu’il faut couper un arbre pour le produire ? Quand nous jetons des ordures n’importe où, c’est un être humain comme nous qui devra traverser la route pour les ramasser. Nous devons réaliser que chaque geste entraîne une réaction », déclare Ananda Raju, con-seiller au ministère de l’Environne-ment.
Imaginons-nous un seul instant quel tort nous causons à l’environnement en jetant une simple pelure de banane sur la route, ou en balançant un papier gras d’un autobus ? Directement ou indirectement, nous sommes tous un peu pollueurs ! Des chiffres qui donnent le tournis
Et les chiffres donnent le tournis. Dans la région portlouisienne, la municipalité collecte plus de 4 212 000 kg de détritus chaque année. L’entreprise Atics, spécialisée dans la collecte de déchets ménagers et le nettoyage des plages, ramasse 150 à 160 tonnes d’ordures tous les jours. Le Solid Waste Management entrepose, quant à lui, 375 000 tonnes de déchets à Mare-Chicose par an. De plus, selon le rapport de la police de l’Environnement, 15 017 contraventions ont été données pour dépôt illégal d’ordures, et 14 228 pour des véhicules fumigènes, en mai dernier.
Pour ce qui est de la pollution, c’est le dépôt illégal de détritus et de déchets solides qui est le facteur le plus fréquent, avec 1 305 plaintes du 18 juin 2002 au 31 mai 2005, suivi des odeurs nauséabondes avec 603 plaintes ; la pollution de l’air et la pollution sonore ont fait l’objet de 431 plaintes et celle de l’eau, 225 plaintes. Un tableau qui n’est guère reluisant. Le ministère de l’Environnement indique, quant à lui, qu’un pollueur représente trois types de coûts pour le pays : celui de la dégradation, celui de la réparation et celui provoqué par les poursuites légales.
Les statistiques démontrent que chaque maison, qui compte en moyenne quatre personnes, produit 20 kg de déchets par semaine, soit environ une tonne par an. Pour aller récupérer ces détritus, les envoyer dans les stations de transfert, les compacter et les déposer à Mare-Chicose, l’État doit débourser Rs 1 800 par tonne !
Comment faire pour préserver, mais aussi améliorer son environnement ?
« C’est un effort qui doit commencer par soi. Il faut que les gens comprennent qu’ils vivent en société et qu’il ne faut pas avoir une attitude nuisible à autrui », ajoute notre interlocuteur. Et selon lui, il existe mille et une façons d’améliorer son propre environnement.
Par exemple, opter pour une meilleu-re connaissance des types de déchets que l’on produit, éviter le gaspillage des ressources utilisées, proscrire les eye sores tels que les bâtiments en ruine, les tôles rouillées ou même les pigeons, et enfin contrôler les véhicules fumigènes. Les fumeurs peuvent conserver une boîte de cigarettes vide et une autre pleine. La première leur servira à y jeter leurs mégots quand ils n’ont pas de poubelles à portée de main.
Les parents peuvent sensibiliser leurs enfants pour que ces derniers aient une attitude plus respectueuse de l’environnement à la maison, à l’école et dans les lieux publics. « Beaucoup d’enfants aiment les animaux domestiques et en demandent à leurs parents. Mais lorsque les enfants s’en lassent, les parents doivent s’en débarrasser. On les lâche dans la nature, ce qui nuit à l’environnement », affirme Vikash Tataya, de la Mauritius Wildlife Foundation. Ses propos sont relayés par Ananda Raju : « Quand on a un chien, on ne peut pas le laisser dormir dans un sac de jute ou le laisser gambader à toute heure pour qu’il aille déféquer dans la rue ou la cour du voisin. » Le revers de la médaille
Si chacun peut agir individuellement, la société a aussi un rôle à jouer. Au niveau national, plusieurs actions ont été entreprises pour sanctionner les pollueurs, dont la fameuse campagne de « Ou zete ou peye ». À cela s’est ajouté la promulgation des Environment Protection Plastic Carry Bags Regulations du 24 janvier 2004, qui vise à utiliser des sacs dégradables. Enfin, grâce à l’initiative d’ONG, des opérations de nettoyage de quartiers ont également été organisées.
Si ces actions sont louables, il faut bien voir le revers de la médaille et constater les manquements. Par exem-ple, il serait judicieux de faire un relevé de la disponibilité des poubelles dans nos villes et villages, car certains endroits n’ont pas de service de voirie.
« Il est difficile pour quelqu’un de parcourir 100 mètres pour trouver une poubelle. Ce manque d’équipements va inciter le public à jeter n’importe quoi n’importe où », soutient Vikash Tataya. « Nous devons tous devenir des Environment Stewarts, dénoncer les problèmes et voir comment les résoudre. Maurice est de plus en plus polluée, et nous devons mettre l’accent le recyclage », affirme Alvin Brigemohun, président de Nature Watch.
Pour Éric Maurelec, la solution, c’est le recyclage : « On peut faire du porte-à- porte pour collecter des bouteilles en plastique, puis les acheminer vers des centres de récupération. Nous comptons nous lancer dans le recyclage du carton et du papier. » Gageons que toutes ces idées fort louables réveillent les écologistes qui sommeillent en nous. LES DÉCHETS
En moyenne, un mégot met deux ans à disparaître, un chewing-gum cinq ans, une cannette en aluminium 100 ans et un sac en plastique, 450 ans… ! Le pire, c’est que si ces objets sont jetés en forêt, ils sont conservés par le froid, ce qui rallonge la durée de dégradation ! Le mieux pour s’en débarrasser est d’utiliser des sacs poubelles ou des dépotoirs. Ces détritus seront collectés par des firmes spécialisées. À Maurice, on en compte plusieurs, notamment Atics, fruit d’un joint venture entre Rogers et Onyx, filiale du groupe Veolia, qui milite pour la préservation de l’environnement. Cette entreprise effectue la collecte de déchets ménagers dans l’île. Le nettoyage des plages, en particulier celle de Mahébourg et de l’aéroport est également entrepris. Deux stations de transfert existent à La Brasserie
et La Laura vers Mare-Chicose. LE RECYCLAGE
Aujourd’hui, plusieurs entreprises se spécialisent dans le recyclage du textile, du papier et du plastique. Krishna Narainen, directeur de Recycling Industries à Terre-Rouge, confie qu’une flotte de véhicules sillonne l’île et achète des déchets des usines textiles, qui seront transformés en coton. explique-t-il. Plastic Recycling Co Ltd, qui existe depuis 1989, effectue la collecte de polypropylène, de polyéthylène (PP) à forte densité (HDPE) et à faible densité (LDPE). Lovena Fleurié et Géraldine Luquet, responsables de l’unité de recyclage, expliquent que seuls les sacs en plastique sont collectés. « Ensuite, ils sont triés, transformés en boulettes, et vendus aux entreprises qui les transformeront en pots de fleurs, fourchettes, brosses etc. Si on ajoute d’autres additifs, on peut en faire des planches pour des meubles. » Melhia BISSIÈRE |