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| La UNE de "l'EXPRESS" de ce matin : ![]() ÉDUCATION Pourquoi nos lauréats ne reviennent pas au pays ? La cuvée 2007 des lauréats sera connue aujourd’hui. Que sont devenus ceux d’avant ? Seuls 18 % sont retournés au pays, rapporte une étude de l’Education. “Sauf imprévu”, indique Lucien Finette, directeur du Mauritius Examinations Syndicate, les résultats du Higher School Certificate seront proclamés aujourd’hui. Mais à l’heure où les noms de la cuvée 2007 des lauréats seront connus, il convient de s’interroger sur ce que sont devenus les précédents lauréats. L’Etat finance leurs études en espérant qu’elles profitent au pays. Mais voilà, la plupart n’y retourne pas. Une récente étude du ministère de l’Education démontre que, depuis 1995, seuls 18 % sont revenus au pays alors qu’ils avaient signé un contrat – bond – avec l’Etat où ils s’engageaient à retourner au pays une fois leurs études finies. Pourtant, l’Etat débourse quelque Rs 100 millions (voir hors-texte ci-dessus) pour les bénéficiaires des bourses. Du coup, le gouvernement estime qu’il est temps de rentabiliser l’investissement fait tout au long de ces dernières années. “C’est intolérable”, dit-on au ministère de l’Education. Bien décidé à agir, le ministère examine les possibilités pour forcer ces lauréats à respecter l’engagement qu’ils ont signé avant leur départ pour l’étranger. “Il y a un desk spécial qui fera le suivi des lauréats”, indique une source au ministère. Dans un premier temps, une lettre sera envoyée aux anciens lauréats “pour leur rappeler l’engagement qu’ils ont pris avec nous”. Les parents en seront également informés. Au ministère, l’on indique être tout à fait prêt à aller jusqu’à exiger le remboursement de l’investissement fait. Récemment, le ministère a envoyé des formulaires à 182 lauréats depuis 1995. Seuls 18 % sont retournés au pays, 28 % étudient encore alors que d’autres ont pris de l’emploi à l’étranger. 59 autres n’ont pu être retracés. L’assistance de la Mauritius Revenue Authority et de la Commission électorale sera recherchée pour les retrouver. S’il s’avère que ces personnes sont à l’étranger, les procédures vont être enclenchées, dit-on au ministère de l’Education. Un système “perverti” Mais la tâche n’est pas facile. Le premier obstacle serait le “bond ”. “Sa légalité a été souvent discutée et c’est pourquoi les conditions de ce bond n’ont jamais été appliquées”, explique Steve Obeegadoo, ministre de l’Education de 2000 à 2005. “Peut-on obliger quelqu’un à retourner au pays après ses études ?” demande-t-il. A priori, non. Pourtant, dans d’autres pays en voie de développement, à l’instar de la Malaisie et de Singapour (où ils sont assurés d’un emploi à leur retour), ceux envoyés à l’étranger reviennent dans leur pays. Mais à Maurice, le système est “perverti”. C’est ce qu’avance Steve Obeegadoo. “Il y a une perception très anormale ici. Les bourses sont considérées comme des récompenses qui donnent un statut. Souvent, elles concernent des familles riches qui peuvent très bien payer les études de leurs enfants. La vocation première, qui était de revenir servir le pays, a été complètement oubliée aujourd’hui.” Il faut aussi dire que beaucoup de lauréats n’ont pas la fibre patriotique. Depuis 1995, plusieurs études recommandent une révision totale du système alors que des experts étrangers ont à plusieurs reprises montré ce système du doigt. Mais, pour plusieurs raisons, aucun gouvernement n’y a touché. “Nous avions une ébauche de papier blanc pour revoir le système d’enseignement supérieur dans sa globalité et l’allocation des bourses y était abordée”, précise Steve Obeegadoo. Mais il faut également voir ce que Maurice peut proposer aux lauréats. “Je ne vais pas demander à mon fils de retourner pour Rs 15 000 par mois alors qu’il peut gagner beaucoup plus à l’étranger”, lance le père d’un ancien lauréat. Un avis que partage partiellement Azad Jeetun, directeur du Mauritius Employers’ Federation (MEF). “On ne peut en effet payer Rs 10 000 ou Rs 15 000 à quelqu’un qui revient de l’étranger.” Mais, en faisant référence à une étude récente de son institution, il ajoute que “dans beaucoup de secteurs, il y a une meilleure rémunération pour les diplômés qu’auparavant”. Plus que jamais, le pays a besoin de professionnels de haut niveau pour l’accompagner dans la réorientation de son économie. “Il est important que les lauréats retournent au pays, mais il ne faut pas oublier que le pays doit mettre à la disposition des gens qualifiés des emplois convenables répondant à leurs attentes”, dit Azad Jeetun. Mais l’argent n’est pas tout. “Il ne faut pas non plus avoir des attentes trop élevées parce qu’il ne faut pas oublier qu’ils entrent tout juste sur le marché du travail après leurs études. En revanche, il faut promouvoir la méritocratie dans tous les secteurs, parce que c’est une motivation. Au fond, la question est très complexe”, ajoute le directeur de la MEF. Patrick HILBERT ![]() Ce qu’en pensent les boursiers... Pourquoi ne pas revenir au pays après que l’Etat leur a alloué des bourses ? Quelques anciens lauréats nous apportent un éclairage. Aruna Radhakeesoon, lauréate en 1989, explique que les lauréats “se rendent compte qu’ils ont plus de perspectives d’avenir en Europe ou ailleurs”. Agée de 36 ans, cette “Chief Legal Executive” de Rogers Co. Ltd., explique cependant que dans son cas “l’envie de rentrer au pays était plus forte” et que Maurice lui a donné la chance de gravir les échelons très jeune. Chose rare en Angleterre. “Il n’y a pas beaucoup d’ouvertures pour nous à Maurice. Mais en ayant acquis une expérience de travail en Angleterre avant de rentrer, ce sera plus facile”, suppose Sazia Khodabacksh, lauréate de la filière économique en 2006. “Quand ils se rendent compte de leur valeur sur le marché du travail européen, Maurice n’attire plus ces lauréats. Il y a aussi le problème de réadaptation à la mentalité et au mode de vie mauriciens.” Mais elle tient à ajouter que ceux qui restent à l’étranger peuvent néanmoins participer à l’économie du pays. Aruna Radhakeesoon est d’avis, elle aussi, que “c’est réducteur de penser que les lauréats qui ne reviennent pas ne participent pas au développement économique du pays. Ils sont nombreux à investir ou à faire venir des investisseurs”. A l’exemple d’Yvan Legris, lauréat en 1982 et patron de la compagnie Hewitt en Angleterre, qui est revenu à Maurice afin d’y fonder le premier cabinet d’actuaires en 1997. Aujourd’hui, sa société fait partie du groupe Hewitt et emploie une vingtaine de Mauriciens à travers le monde dont d’autres lauréats. Est-ce le rôle du gouvernement de les encourager à revenir ? Yvan Legris, estime d’abord que c’est “le manque de méritocratie qui est un obstacle au retour de nos meilleurs éléments”. “Ce n’est pas au gouvernement de nous faire revenir. D’avoir payé nos études, c’est déjà bien. A nous maintenant de choisir. Le retour au pays doit être un choix libre et personnel”, confie Satyam Veeratterapillay, lauréat en 2006 et actuellement étudiant en médecine à l’université de Newcastle. Un avis que partage Firdosh Moserdee, lauréate en 2005, qui pense que revenir au pays est une question de patriotisme. Elle envisage de rentrer mais ce sera après de longues études et après avoir travaillé quelques années : “Ma bourse ne couvre pas toutes mes dépenses et mes parents m’aident. J’aimerai recouvrer ces frais.” Pour Kamlesh Dookayka, lauréat en 1998 et préparant un doctorat de physique en Californie, “c’est le système d’allocation des bourses qui est dépassé”. Il pense que ce système date d’une époque où la France et l’Angleterre représentaient la seule chance pour Maurice d’avoir une élite formée. “Aujourd’hui, nous pouvons nous détacher de ce système. Pourquoi ne pas miser sur une formation de haut niveau à Maurice ?” Revenir au pays, pour Kamlesh Dookayka, c’est tout réfléchi. “Même si je sais que dans le domaine de la physique, les possibilités de recherche sont limitées, je pense que je peux utiliser mes compétences ailleurs. Par exemple, dans la gestion de l’énergie ou l’écologie. En tout cas, ce sera dans un domaine où je pourrai apporter ma contribution au développement socioéconomique du pays.” Apporter ses compétences au pays, c’est ce que souhaiterait aussi Preeshila Behary, qui travaille à l’hôpital de York. Mais, pour l’instant, elle veut surtout se spécialiser en cardiologie et acquérir l’expérience nécessaire avant de rentrer au pays. Si le désir de rentrer au pays est présent chez les anciens lauréats encore étudiants, nous ne saurons affirmer s’ils franchiront le cap et retourneront effectivement au pays. Notamment lorsqu’il s’agit des plus jeunes. Et vu la situation socioéconomique actuelle, le pays a-t-il les atouts nécessaires pour les faire revenir ? Pouspam RAMSAMY ![]() ETUDES A L’ÉTRANGER Que font les lauréats de 2006 ? ■ Des 31 boursiers, 11 suivent des études en médecine. Six autres se trouvent dans la filière ingénierie (aéronautique, chimique, électronique, électrique). Six lauréats de la cuvée 2006 ont préféré opter pour les finances et l’économie et quatre pour des études de droit. Deux boursiers sont dans les Mathématiques et un seul dans l’informatique. Rs 114,3 millions pour les bourses ■ Rien que pour l’année financière 2006-07 : l’Etat débourse Rs 114,3 millions pour payer les études de nos lauréats. De cette somme, Rs 14,3 millions servent à financer les études, les billets d’avion et le coût de la vie de ceux qui sont titulaires d’un “SSR National Scholarship”. Le reste va aux titulaires d’un “State of Mauritius Scholarship” ou “Additional Scholarship”.
__________________ L'idéal : vivre 6 mois à Maurice et 6 mois en France.....si on en a les moyens et la possibilité. |
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